Affichage des articles dont le libellé est Défi 1. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Défi 1. Afficher tous les articles

dimanche 24 mai 2009

ÉPILOGUE

J'ai vraiment été inconsolable pendant une semaine, et véritablement, j'ai caché tout signe d'émotion reliée à cet évènement pendant deux mois.

Je ne comprenais pas pourquoi.

Chaque fois que j'entendais son nom, je me mettais à tout repasser en boucle dans ma tête. Chaque fois que j'entendais quelqu'un parler du Saint-Hubert, je pensais à lui. Et je me trouvais donc ridicule. Je prenais de ses nouvelles par des intermédiaires, jamais directement avec lui.
Je n'étais pas capable de le voir ou de lui parler sans que des larmes montent à mes yeux. J'en étais vraiment incapable.

C'était douloureux, et je n'en parlais presque pas. Quand on me demandait si ça allait, je disais que ça allait.

Ça duré beaucoup trop longtemps à mon goût. Ç'a été la rupture la plus déchirante de ma courte existence, parce que je croyais qu'avec lui, on pourrait aller loin. Je l'aimais bien, ce garçon. Il me faisait toujours rire. Je l'écoutais sans me lasser pendant des heures, il me racontait des histoires de ses amis, de ses soirées, du cégep, de sa vie.

Et quand il m'a laissé, de cette façon si abrupte, je m'étais sentie comme un rien. Il ne m'avait pas prise au sérieux. Ce n'était pas sérieux.

DIMANCHE SOIR

J'ai grimpé chaque marche menant au rez-de-chaussée avec autant de difficulté que si je venais de terminer un marathon. Au bout du couloir, la porte d'entrée vitrée laissait deviner son ombre qui m'avait tant fait rêvé auparavant.

Ne laissant rien paraître de ma nervosité, j'ai ouvert grand la porte et je l'ai accueilli d'un Salut! très peu convainquant.

-Entre, viens, enlève tes bottes, laisse moi prendre ton manteau...
-Non, je préfère rester ici.
-Tu veux même pas t'asseoir?
-Non... écoute, c'est pas super amusant ce que j'ai à te dire, alors je veux faire ça vite...

Ça y était. Je sentais chaque mot suivant venir cinq secondes avant qu'il ne les prononce. Je tremblais de tout mon être.

-Laurence, je peux pas continuer comme ça.
-Qu'est-ce que tu veux dire?

Je savais exactement ce qu'il voulait dire. Mais je voulais des explications.

-J'ai vraiment aimé les moments qu'on a passés ensemble, on s'est vraiment amusés, t'es quelqu'un de vraiment bien, mais là, il se passe trop de choses de mon côté pis j'ai pas le temps de penser à autre chose.
-Mais je peux te laisser du temps, on est pas pressés.
-Ça rien à voir avec toi, c'est vraiment moi, il se passe plein de choses dans ma vie et j'suis comme un peu dépassé par les évènements.
-...
-Alors je crois qu'on devrait en finir là.
-Ok. J'suis pas d'accord, pis je le voyais venir, dans le fond... mais je te comprend pas. Je comprend pas pourquoi.

Il avait les yeux pleins d'eau. Je ne le croyais pas capable de ça. Je ne m'imaginais pas pleurer l'homme qui, serrée dans ses bras, me faisait sentir en sécurité.

-Ben, moi non plus, je pourrais pas te dire pourquoi. Mais j'suis vraiment désolé, je pouvais pas continuer comme ça.
-D'accord... je trouve ça vraiment plate, pis j'ai pas vraiment le choix, apparemment... En tout cas.
-... Bon ben je vais y aller là. Bye.
-Ouais, bye.

J'ai refermé la porte derrière lui et je l'ai regardé partir, comme une semaine avant, au volant de sa voiture.

Je suis restée de très longues minutes debout, là, dans l'entrée. Je ne bougeais pas, je ne bronchais pas, c'est à peine si je clignais de l'oeil.

Au bout de deux minutes, j'ai éclaté en sanglots, longs, chauds, sur mes joues roses d'angoisse.

FIN

samedi 23 mai 2009

DIMANCHE 14 DÉCEMBRE

Plus la journée avançait, plus je ne savais quoi penser. On me disait de ne pas m'en faire, que ce n'était qu'une passe, que pendant les vacances, tout irait bien mieux, que tout le monde aurait le temps de décompresser.

Je croyais ces sottises dur comme fer, comme un bonbon alléchant placé sous les yeux d'un enfant de quatre ans. Je le voulais. Je croyais que c'était possible. J'avais mis toutes mes énergies à croire que d'ici une semaine ou deux, lui et moi nous en porterions bien mieux.

Et à 21 heures piles, après son quart de travail, il avait dit qu'il m'appellerait.

Pour les appels, on pouvait compter sur lui.

- Bon, j'ai fini de travailler, là.
- Ah ok cool. Alors, on...
- Ouais ben je pensais passer chez toi dans quinze minutes, est-ce que ça va? Je veux vraiment te parler.
- Euh, oui c'est parfait.
- À tout de suite.
- Bye.

« Je veux vraiment te parler ». Est-ce que cela voulait dire qu'il avait hâte de me parler de vive voix, puisque ça faisait si longtemps?


J'étais à mon ordinateur à clavarder avec mon amie.

laurence dit : ok, j'suis là, scuse jai recu son appel
Pumpkin dit : scorrect. pis, est-ce que vous aller vous voir?
laurence dit : oui, il vient tantôt, dans dix minutes. jai vraiment peur, jsais pas à quoi mattendre. jmattend au pire, honnêtement.
Pumpkin dit : bin voyon donc, fait toi zen pas. inquiète toi pas ca va bien aller.
C'est quand j'ai lu ce dernier mot que j'ai entendu la porte sonner.

vendredi 22 mai 2009

SAMEDI SOIR

L'Orienthé était notre endroit de prédilection. Charmant, relax, chaleureux, on y buvait une multitude de thés différents et y fumait la shisha sans tabac, à l'orange, ou à la mangue, confortablement assis, libérés de nos souliers.

Pendant cinq semaines, nous étions allés chaque vendredi ou samedi soir. Nous pouvions y rester des heures, simplement assis sur des coussins, à parler de tout et de rien, à rigoler. Plus les heures avançaient, plus nous nous sentions lourds et bien ancrés dans nos sièges ; nous ne voulions plus les quitter.

Pourtant, mes parents me coupaient court à cette idée. Me ramenant à l'ordre, ils me rappelaient que oui, il était présentement près d'une heure du matin, et qu'il devait me reconduire chez moi. Lui, à chaque fois disait : Ah, déjà? Mais y'est juste minuit et demi! Mais lui n'avait pas les parents que j'avais, et c'était toujours à contrecoeur que nous quittions l'endroit.

C'est pourquoi l'idée de l'y inviter ce samedi soir-là m'avait parut une excellente idée. J'avais même réussi à le convaincre. Car oui, désormais, j'avais à le convaincre pour sortir un samedi soir.

Aux alentours de 21 heures, moment auquel il finissait normalement de travailler, j'avais reçu un appel de sa part.

- Allo! Ça va?
- Écoute... j'suis vraiment crevé, je crois pas que je vais pouvoir aller à l'Orienthé ce soir.
- Hein, comment ça?
- Pis je dois étudier, j'ai un exam de philo avant les vacances et j'ai rien foutu...
- Comme d'habitude. T'es plate!
- Ben non, j'suis pas plate, j'dois vraiment travailler. Bon, on se voit dimanche, d'accord? Promis.
- Ouais, ok, bye.

Avec lui, j'étais constamment déçue. Je ne pouvais jamais compter sur lui. Mais qu'est-ce qui me retenait? Son sourire, ses cheveux, son parler, ses blagues, son rire franc et sincère, ses expressions... oui, ça devait être ça.

Mon esprit était trop embrouillé. Je devais lancer un appel à l'aide.

jeudi 21 mai 2009

JEUDI SOIR

Une, et même deux autres journées étaient passées sans que j'ai des nouvelles de lui. Je ne pensais qu'à cela. À l'école, je devais sûrement être insupportable. C'est horrible d'avoir tant de choses en tête et si peu de personnes qui nous comprennent...

Le soir même, je devais me rendre au travail. Une autre soirée à m'exténuer encore plus que je ne l'étais déjà.

Vers 19h15, je me suis prise en main. J'ai demandé une pause de 10 minutes pour passer un appel important. J'avais pris le taureau par les cornes et avait composé le numéro, depuis le téléphone de la salle des employés. Aucune raison pour ne pas répondre, il ne saurait pas que c'était moi à l'autre bout du fil.

- Allo, c'est Laurence.
- Ah! Salut.
- Comment ça va?
- Pas pire, j'suis pas mal fatigué.
- ...
- ...
- Ça te tenterais pas, qu'on se voit en fin de semaine?
- Euh, j'sais pas là, je travaille au Saint-Hub vendredi et samedi soir.
- Ouain... En tout cas, on verra. Mais, sinon, t'es sûr que ça va? Ta voix est pas pareille.
- Non non, je t'ai dis que ça allait bien.

Lui ne comprenait pas pourquoi je demandais tant de ses nouvelles. Pour moi, ça me paraissait tout naturel, pourtant. Et plus je lui expliquais que je voulais simplement m'assurer qu'il allait bien, moins il comprenait pourquoi je l'avais appelé.

Une fois de plus, j'ai senti les larmes monter à mes yeux. Prétextant que ma pause était déjà terminée, j'ai raccroché le combiné, et j'ai levé les yeux au plafond.

Une seconde plus tard, j'étais de retour sur le plancher, les joues roses et le sourire aux lèvres, apportant tout ce que les clientes désiraient.

mercredi 20 mai 2009

MARDI APRÈS-MIDI

Je n'avais pas eu de ses nouvelles depuis le dimanche. Je ne savais pas si je devais appeler, s'il allait m'appeler ou si une tierce personne allait m'appeler, ou si...

À l'école, j'étais constamment perdue dans mes pensées. Cet après-midi là, la première chose qui m'était venu à l'esprit de faire pour me changer les idées a été de ramasser ma chambre, qui devenait méconnaissable sous la pile de vêtements qui jonchait le plancher, car j'avais changé d'idée plusieurs fois avant d'aller chez lui l'avant-veille. Je voulais être belle. Je voulais qu'il ne regarde que moi. Qu'il soit content que je ne sois qu'à lui.

Comme un enfant ayant peur de trouver un horrible monstre sous le lit, je me suis accroupie et j'ai jeté un coup d'oeil sous le lit.

Il y était.

Ce chandail qui portait son odeur, parce que je m'étais trop lovée dans ses bras cette soirée là.

Je l'ai sauvé d'en-dessous, et l'ai secoué pour en enlever deux ou trois poussières, puis j'ai fourré mon nez dedans et inspiré un bon coup.

Des larmes chaudes avaient déjà envahi mes yeux.

mardi 19 mai 2009

DIMANCHE AVANT-MIDI

J'étais restée là un instant à regarder sa voiture s'éloigner sur la mince couche de neige qu’il avait tombé pendant la nuit.

Après qu'il soit disparu à l'horizon, mes pieds ont dévalé l’escalier en quelques secondes et j'ai commencé à avancer, sans trop penser à ma destination.

Un pied devant l'autre, gauche, droite, gauche, droite...

Arrive un feu rouge. Le temps est trop long, je fais tout pour ne pas rester trop longtemps en place. Un seconde de plus et je me jetais dans le trafic. Feu vert. Sauvée.

Je ressassais les dernières heures dans ma tête. Est-ce que j'étais heureuse? Était-ce de la tristesse? Je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus.

Et je marchais à grandes enjambées, je courais presque, frissonnante, et mes petits doigts se congelaient mètre après mètre.

Chaque pas amenait une nouvelle pensée, plus embrouillée que la dernière. Comme pour fuir quelque chose, l'inquiétude, peut-être, je me suis mise à courir pour de bon.

lundi 18 mai 2009

DIMANCHE 7 DÉCEMBRE

À 9h, le cadran sonnait. Me laissant seule, lui filait se préparer pour aller travailler. Moi, pour passer le temps, je ramassais ce qui m’appartenait, je me tournais les pouces, je me mordais la lèvre.

J'ai senti mon chandail, histoire de savoir si j’étais présentable. Il avait cette odeur que tous les hommes ont, avec un mélange de gel douche très masculin. Mais c’était mon chandail. Et il sentait bon. Il sentait lui.


En cinq minutes, il était prêt. Il n'avait même pas pris le temps de manger.

Dehors, sur le perron, avant de partir, il me prenait tendrement dans ses bras, m’embrassait, puis disparaissait en une seconde au volant de sa voiture.